Quand | When

04.11.2020 – 02.12.2020

Média | Media

HD

Billets | Tickets
Avec | With

The film is a reiteration of the act of kissing. The emphasis on the kiss, repeated and multiplied, while deteriorated in it’s own progress. The history of the evolution of formats through a kiss. An intimate and aesthetic relationship between media and audiovisual formats

Luis Macías est un artiste, cinéaste et compositeur d’images en mouvement. Il se concentre sur les pratiques expérimentales et procédurales de l’image analogique. Ses œuvres en super 8, 16mm, 35mm et/ou format vidéo sont composées spécifiquement pour la diffusion, la performance ou l’installation.

Cet événement est présenté dans le cadre de la série CRITIQUES et est accompagné d’un texte de Carlos Solano publié sur Hors Champ.

LIRE LE TEXTE

— Je pensais peut-être écrire l’histoire de cette femme, celle qu’on voit dans le film. Elle écrirait une lettre à cet homme moustachu. Elle dirait qu’elle a rêvé de lui, et elle décrirait le film comme un rêve qu’elle vient de faire. Elle serait incapable de déterminer s’il s’agit d’un cauchemar ou même, peut-être, d’un vieux souvenir dilué dans le temps, mais elle aurait la nécessité, noble et sauvage, de partager cela avec lui. J’ai le début : j’crois que Binoche avait raison dans Mauvais Sang, même si, en l’occurrence, ce n’est pas l’amour qui m’a réveillé. Mais j’ai rêvé de toi.

— Tu veux dire… une sorte de lettre d’amour ?

— Pas exactement. Peut-être une lettre de désamour, une lettre qui lui permettrait de se libérer des fantômes du passé, une lettre d’adieu, comme dans le film… Un geste de perdition, quelque chose qui irait à sa perte, le dernier des derniers baisers. Deuxième option, plus plausible, car moins littéraire : un dialogue imaginaire entre deux personnes autour de ce film. Mieux : un échange maladroit autour de ce qu’elles viennent de voir. Ça parlerait d’amour, aussi. Mais d’une autre manière… moins connectée au film de Luis Macias. Ils parleraient de la nature de ce baiser. Ça basculerait très vite dans une conversation sur l’épouvante de l’amour romantique, l’amour fusionnel et identitaire, l’amour qui efface, qui détruit, qui déchire l’intestin, qui tue. Sans le savoir, elles parleraient de l’aspect formel du film. Oui, de la palpitation de ces taches blanches où se concrétise une forme d’incompréhension, une sorte d’obstacle à la compréhension de l’amour.

— Même une forme de genèse ou d’apocalypse… après tout, il me semble que ce film est tiré de l’œuvre des frères Lumière.

Note de l’auteur : en exagérant leur naïveté, les personnages proposent une lecture intéressante du film, bien que lacunaire sur certains aspects, qu’il importe d’indiquer. Il s’agit d’un film d’Edison et non pas des frères Lumière. The Kiss (1896), le film d’origine, est projeté par Luis Macias avec des projecteurs différents, filmé par plusieurs dizaines de caméras différentes.

— Oui, bien sûr ! C’était ma troisième option : sur le principe de La Jetée ou de Sans Soleil de Chris Marker. Un récit à la première personne dans un monde imaginé, sans souvenirs, sans mémoire, sans images. Et voilà, le narrateur trouverait ce bout de pellicule qu’il développerait, qu’il regarderait, qu’il passerait en boucle pour essayer de comprendre sa signification dans une civilisation qui n’existe plus. Ce serait comme s’il ne comprenait rien à ces images, comme s’il ne savait rien de ces humains, de leurs coutumes ou de leurs codes sociaux. Et d’ailleurs, il ne saurait pas comment réagir à ce passage de la figuration à l’abstraction. Il aurait peur, oui, peur d’être face à un objet éphémère qu’il importe de comprendre vite, de saisir dans l’urgence avant qu’il ne disparaisse. Il ne comprendrait pas si ces humains seraient en train de se confier l’un à l’autre, de s’aimer, de réfléchir, de jouer ou d’être simplement eux-mêmes. Tout ferait tache pour lui. Il questionnerait tout, chaque geste, ce baiser, lorsque l’homme — si c’en est un — recoiffe sa longue moustache ; lorsque cette femme — si c’en est une — l’observe d’un air rieur, mais désespéré. Il interrogerait le support du film, ses textures, la fragilité de ces images chancelantes qui s’évanouissent et disparaissent.

— Tu pourrais même essayer de penser… d’insérer cette image… Là, ça devient un peu méta… oui, imaginer ce film dans d’autres films. Qu’est-ce qu’il se passerait si tel personnage de film voyait cette image ? ; si cette image était insérée dans la vision d’un personnage de fiction ?

— C’est-à-dire ? Attends, je prends des notes. Parle moins vite.

— Je veux dire… Qu’est-ce qu’il se passerait si ce film était inséré dans un autre film et que les personnages étaient amenés à commenter The Kiss, le film de Luis Macias ? Si c’était un commentaire formulé par des personnages d’un autre film… Imagine, par exemple, Gena Rowlands et Peter Falk en train de commenter ces images dans un film de Cassavetes, ou Sigourney Weaver, seule dans son vaisseau, dans Alien. Qu’est-ce qu’il se passerait si ce film était présent dans un autre film ?

— On imagine sans trop de difficultés l’impact de ce film sur nos amis, sur notre famille… On peut faire une lecture de cette œuvre en s’appuyant sur des textes, sur une théorie, un concept, imaginer ce qu’un psychanalyste, imbibé de mépris patriarcal, pourrait penser de ce film très abstrait. Mais on conçoit rarement, tu as raison, la possibilité de penser un film à partir de la psyché d’un personnage de fiction. De telle sorte que… on apprendrait peut-être davantage de ce film en particulier ou du film dont est tiré le personnage choisi ? Se mettre dans la peau de Weaver dans Alien devant un film pareil… ça nous éclaire sur le film de Ridley Scott ou sur celui de Luis Macias ? Ou même, si l’on tire les ficelles jusqu’au bout, on pourrait s’amuser à imaginer ce que certaines célébrités pourraient penser devant un film pareil : Che Guevara, Kim Jong-un, Britney Spears…

 

This event is presented as part of the series CRITIQUES and is accompanied by a text by Carlos Solano published on Offscreen.

READ THE TEXT

— Je pensais peut-être écrire l’histoire de cette femme, celle qu’on voit dans le film. Elle écrirait une lettre à cet homme moustachu. Elle dirait qu’elle a rêvé de lui, et elle décrirait le film comme un rêve qu’elle vient de faire. Elle serait incapable de déterminer s’il s’agit d’un cauchemar ou même, peut-être, d’un vieux souvenir dilué dans le temps, mais elle aurait la nécessité, noble et sauvage, de partager cela avec lui. J’ai le début : j’crois que Binoche avait raison dans Mauvais Sang, même si, en l’occurrence, ce n’est pas l’amour qui m’a réveillé. Mais j’ai rêvé de toi.

— Tu veux dire… une sorte de lettre d’amour ?

— Pas exactement. Peut-être une lettre de désamour, une lettre qui lui permettrait de se libérer des fantômes du passé, une lettre d’adieu, comme dans le film… Un geste de perdition, quelque chose qui irait à sa perte, le dernier des derniers baisers. Deuxième option, plus plausible, car moins littéraire : un dialogue imaginaire entre deux personnes autour de ce film. Mieux : un échange maladroit autour de ce qu’elles viennent de voir. Ça parlerait d’amour, aussi. Mais d’une autre manière… moins connectée au film de Luis Macias. Ils parleraient de la nature de ce baiser. Ça basculerait très vite dans une conversation sur l’épouvante de l’amour romantique, l’amour fusionnel et identitaire, l’amour qui efface, qui détruit, qui déchire l’intestin, qui tue. Sans le savoir, elles parleraient de l’aspect formel du film. Oui, de la palpitation de ces taches blanches où se concrétise une forme d’incompréhension, une sorte d’obstacle à la compréhension de l’amour.

— Même une forme de genèse ou d’apocalypse… après tout, il me semble que ce film est tiré de l’œuvre des frères Lumière.

Note de l’auteur : en exagérant leur naïveté, les personnages proposent une lecture intéressante du film, bien que lacunaire sur certains aspects, qu’il importe d’indiquer. Il s’agit d’un film d’Edison et non pas des frères Lumière. The Kiss (1896), le film d’origine, est projeté par Luis Macias avec des projecteurs différents, filmé par plusieurs dizaines de caméras différentes.

— Oui, bien sûr ! C’était ma troisième option : sur le principe de La Jetée ou de Sans Soleil de Chris Marker. Un récit à la première personne dans un monde imaginé, sans souvenirs, sans mémoire, sans images. Et voilà, le narrateur trouverait ce bout de pellicule qu’il développerait, qu’il regarderait, qu’il passerait en boucle pour essayer de comprendre sa signification dans une civilisation qui n’existe plus. Ce serait comme s’il ne comprenait rien à ces images, comme s’il ne savait rien de ces humains, de leurs coutumes ou de leurs codes sociaux. Et d’ailleurs, il ne saurait pas comment réagir à ce passage de la figuration à l’abstraction. Il aurait peur, oui, peur d’être face à un objet éphémère qu’il importe de comprendre vite, de saisir dans l’urgence avant qu’il ne disparaisse. Il ne comprendrait pas si ces humains seraient en train de se confier l’un à l’autre, de s’aimer, de réfléchir, de jouer ou d’être simplement eux-mêmes. Tout ferait tache pour lui. Il questionnerait tout, chaque geste, ce baiser, lorsque l’homme — si c’en est un — recoiffe sa longue moustache ; lorsque cette femme — si c’en est une — l’observe d’un air rieur, mais désespéré. Il interrogerait le support du film, ses textures, la fragilité de ces images chancelantes qui s’évanouissent et disparaissent.

— Tu pourrais même essayer de penser… d’insérer cette image… Là, ça devient un peu méta… oui, imaginer ce film dans d’autres films. Qu’est-ce qu’il se passerait si tel personnage de film voyait cette image ? ; si cette image était insérée dans la vision d’un personnage de fiction ?

— C’est-à-dire ? Attends, je prends des notes. Parle moins vite.

— Je veux dire… Qu’est-ce qu’il se passerait si ce film était inséré dans un autre film et que les personnages étaient amenés à commenter The Kiss, le film de Luis Macias ? Si c’était un commentaire formulé par des personnages d’un autre film… Imagine, par exemple, Gena Rowlands et Peter Falk en train de commenter ces images dans un film de Cassavetes, ou Sigourney Weaver, seule dans son vaisseau, dans Alien. Qu’est-ce qu’il se passerait si ce film était présent dans un autre film ?

— On imagine sans trop de difficultés l’impact de ce film sur nos amis, sur notre famille… On peut faire une lecture de cette œuvre en s’appuyant sur des textes, sur une théorie, un concept, imaginer ce qu’un psychanalyste, imbibé de mépris patriarcal, pourrait penser de ce film très abstrait. Mais on conçoit rarement, tu as raison, la possibilité de penser un film à partir de la psyché d’un personnage de fiction. De telle sorte que… on apprendrait peut-être davantage de ce film en particulier ou du film dont est tiré le personnage choisi ? Se mettre dans la peau de Weaver dans Alien devant un film pareil… ça nous éclaire sur le film de Ridley Scott ou sur celui de Luis Macias ? Ou même, si l’on tire les ficelles jusqu’au bout, on pourrait s’amuser à imaginer ce que certaines célébrités pourraient penser devant un film pareil : Che Guevara, Kim Jong-un, Britney Spears…

 

LUIS MACÍAS

Luis Macías est un artiste, cinéaste, recycleur d’images et professeur spécialisé dans le cinéma expérimental. Son travail des formats 8mm, Super 8 et 16mm se conçoit sous forme de performances de cinéma élargi. Ses préoccupations artistiques se concentrent sur deux points : le travail physique de la matière filmique; le recyclage de films et la réinvention de nouvelles relations entre images en mouvement. Il est le cofondateur de la compagnie de production Secuencia Cero Films, ainsi que du Collectif Crater et du Crater-Lab (un laboratoire de cinéma autogéré de Barcelone).

​Luis Macías is an artist, filmmaker, image recycler and teacher specialized in experimental cinema. His work in film format 8mm, super 8 and 16mm is conceived as projects on Expanded Cinema Film Performances. His artistic concerns focus on two points: the physical work on film and film recycling and re-invention of new relations between moving images. Co-funder of Secuencia Cero Films production company ; Crater Collective and Crater-Lab (an artist run film lab in Barcelona).

2014 | 35mm to digital | b&w  | sound | 9 min

Basé sur la version originale en format 35mm du film The Kiss (T. Edison, 1896), ce projet vidéo-cinématographique consiste en un refilmage et un réenregistrement structurels du film d’origine dans tous les formats possibles – analogiques, électroniques et numériques – sous une forme évolutive.

Le film est une réitération de l’acte du baiser. L’accent est mis sur le baiser, répété et multiplié, mais se détériorant au fur et à mesure de sa progression. L’histoire de l’évolution des formats se déploie à travers ce baiser. Une relation intime et esthétique se crée entre médias et formats audiovisuels.

Based on the film THE KISS (T. Edison 1896) in its original 35mm format, this video-film project is based on a structural re-shooting and re-recording of the original film in all the existing formats: analog, electronic and digital, in an evolutive form.

The film is a reiteration of the act of kissing. The emphasis on the kiss, repeated and multiplied, while deteriorated in it’s own progress.

The history of the evolution of formats through a kiss. An intimate and aesthetic relationship between media and audiovisual formats.

Cet événement est exceptionnellement présenté en ligne et pour un temps limité. /// This event is exceptionally presented online and for a limited time.