ANA VAZ

HÁ TERRA!

2016 | 16mm to digital | 12 mins 37 secs
Avec un texte de | With a text by: Ralitsa Doncheva

En ligne du 3 novembre au 3 décembre

Ralitsa Doncheva
On Hà Terra!

Dans Poetics of Cinema, Raul Ruiz écrit que « les films sont comme des êtres humains, vous les regardez et ils vous regardent en retour ». Je pense à cette idée tout en regardant Hà Terra!. J’imagine le corps du film tel un animal sauvage qui me guette et j’en fais tout autant.

Sent-il ma honte, ma peur ?

Je fais l’expérience de Hà Terra! comme une chorégraphie de gestes et de regards qui frappent fort. Un cinéma du corps où l’œil se fond à l’oreille, pour finir en forme de bouche. On regarde un animal, quelque chose qui s’y apparente, et on écoute les histoires qui vibrent au sein du paysage tout en le touchant.

Où suis-je dans ce rêve ? Peut-être sous la main, cachée. Dépourvue de conscience de soi, en lévitation. Sans sentiments, il n’y a pas de compréhension possible. Sans poésie, il n’y a pas de justice. Sans perte, il n’y a pas de rencontre. Impossible d’avancer sans pagayer vers un passé fracturé, tel le pied enflé de la jeune femme dans le film, qui change selon les cycles de la lune. Avant le langage, avant le langage. De retour à la terre.

*** Un poème qui doit être lu lentement à voix haute, préférablement devant un miroir ou un mur.

Il y a une main
aussi grande qu’un bateau
retourné.

Une main à cinq flèches
qui vous guette
tout comme vous l’épiez.

Il y a une main
qui n’est pas une ancre
ni un vaisseau
ni un drapeau
mais un murmure mélodieux
une lune rouge sanglante
soulevant une interrogation.

« Qu’est-ce qu’une honnête gens? »

Il y a une main
qui caresse, capture et dévore
une main qui vole votre terre
qui vous nourrit de fruits.

Il y a une main
qui vous offre le futur
un bref regard sur l’infini
qui pointe vers le néant.

« Nous sommes perdus. »
« Continuer ? »

Sous la main
git la moiteur d’un jour
qui est encore celle d’une nuit.

Sous la main
vit un dessin du monde
qu’un carré noir dépeint.

Sous la main
se repose l’ombre pleureuse d’un souvenir
qui appartient à la terre.

Invoquée par une paire de lèvres brunes.
« Sans foi, sans roi, sans loi. »

Sous la main
l’écho de la voix d’un fantôme blanc
ses longs cris, son rire lancinant
nageant à des kilomètres à la ronde.

À toutes les deux minutes, environ.

« Hà terra ! »

« Pagaie ! Pagaie ! »

« Suis-je en train de rêver ? »

« Juste un peu. »

Poème et texte originaux : Ralitsa Doncheva
Traduction française : Emma Roufs

In Poetics of Cinema, Raul Ruiz writes that “films are like human beings, you look at them and they look back at you”. I think about this idea while watching Hà Terra! imagining the film’s body as a wild animal that preys on me as much as I glimpse at it. Does it sense my shame, my fear?

I experience Hà Terra! as a choreography of gestures and gazes that hits like a rock. A bodily cinema where the eye blurs into the ear, ending in the shape of a mouth. Where one gazes at an animal, animal-like, and listens to the stories vibrating in the landscape while touching it.

Where am I in this dream? Perhaps under the hand, hiding. Without a sense of self, levitating. Like a piece of clothing, floating at sea. There is no understanding without feeling, no justice without poetry. There is no encounter without a loss. No moving forward without paddling back to a fractured past that, like the swollen foot of the girl in the film, changes with the moon’s phases. Before language, before language. Back to the land.

***A poem to be read slowly out loud, preferably in front of a mirror or a wall.

There is a hand
as big as the size of a boat
turned upside down.

A hand with five arrows
that preys on you
as much as you eye on it.

There is a hand
that is not an anchor
nor a vessel
nor a flag
but a chanting whisper
a bleeding red moon
raising a question.

“What are honest people?

There is a hand
that caresses, captures and devours
a hand that steals your land
that feeds you fruit.

There is a hand
that gifts you the future
a swift glance of endlessness
that points to the void.

“We are lost.”

“Continue?”

Underneath the hand
lies the moistness of a day
that is still a night.

Underneath the hand
lives a drawing of a world
that is a black square.

Underneath the hand
rests the weeping shadow of a memory
that is the earth.

Summoned in a pair of brown lips.

“Without faith, without king, nor law.”

Underneath the hand
echoes the voice of a white ghost
his long cries, his haunting laughter
swimming from miles away

Every other minute or so.

“Hà terra!

Paddle! Paddle!”

“Am I dreaming?”

“Just a little.”

ANA VAZ
HÁ TERRA!

En ligne du 3 novembre au 3 décembre

2016 | 16mm to digital | 12 mins 37 secs

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