FERNANDA PESSOA & CHICA BARBOSA

SAME/DIFFERENT/BOTH/NEITHER

2020 | digital | 19 mins
Avec un texte de | With a text by: Charlotte Brady-Savignac
Charlotte Brady-Savignac
Valse en remous
 

De São Paulo à Los Angeles, les jours se ressemblent.
Dans la rue, l’une se berce dans un halo de réverbères, scansions nocturnes en murmure.
Fora ! Fora !
Elle sent une odeur de pourriture, la société est malade, son dirigeant l’a contaminée.
Claque, siffle, tape, claque, frotte, siffle, un cri derrière l’autre, le tapage s’impose comme l’unique manière d’être ensemble.

L’autre, dans le grouillant Los Angeles d’après-midi, pose son regard sur les poings levés, s’imagine le masque comme un motif de l’état du monde.
Vivre la révolte, la fouler pas à pas, avec Tracy, peinées de subir, soulever l’incohérence.
Elle ne lui aura jamais dit.
Get Out.
Une course effrénée pour échapper à ce pas lourd, tout-puissant, sans couleur.

Vexations.

De Los Angeles à São Paulo, les jours diffèrent.
À l’écoute du téléjournal, l’une parcourt, à vol d’oiseau, son jardin intérieur.
Permettre de fleurir alors qu’il laisse mourir, l’insensible, l’insensé.
Terrifiante beauté que de se laisser porter par cette antithèse.
Au fond du tunnel, rues et boulevards et rues en symphonie urbaine par un soleil qui brille.
L’œil à la caméra dans le rétroviseur en signe d’au revoir.
Bye, amiga.

L’autre, au milieu des cartons et des souvenirs, attend à sa fenêtre, rêve au marchand de glace.
Cartons, bordel, souvenirs s’empilent, mais elle confie ne pas avoir le courage de s’y confronter. Home sweet home.
Découvrir les spectres du rêve hollywoodien en apparition devant les commerces. Y lire Beauty Shop.
Soleil de plomb, canevas bleu, palmiers en séries, laisser tomber les masques et laisser mourir.
Vivre, pour le carillon du marchand de glace, rose bonbon, bleu poudre, des photos, encore des photos.
A et B à Los Angeles. D’elle à lui, le regard vide, de lui à elle.

De São Paulo à Los Angeles à São Paulo, de l’une à l’autre, et encore à elle, correspondre.
Plus la distance se creuse, plus c’est pareil.
De sa fenêtre, sucette glacée rouge écarlate, cartons, bordel, souvenirs.
Une boîte à musique parmi les souvenirs éparpillés, impuissance à organiser, le désordre.
De samedi à lundi en passant par mercredi, un, deux, trois mois, confinées.
Les jours s’écoulent, en apnée, récurer la cuvette, poil arraché, ne plus pouvoir respirer.
Polyphonie sanitaire et méditation politique qui font transpirer. Interdictions multipliées.
Chloroquine. Chloroquine. Chloroquine. Chloroquine.
De lundi à samedi, en passant par jeudi, du 24 au 14 avril.
Retours multipliés, les hélicoptères, lumières gênantes, rafales assourdissantes.
Aller et venir dans le jardin, un mercredi de 2020, nécessité de bouger.
Des yeux qui tuent. Spectacle des ténèbres, tout en haut, c’était un dimanche.
Dans le jardin, nécessité de bouger, va-et-vient. Un, deux, trois mois. Aller et venir.

Du Brésil aux États-Unis, du nord au sud, ni l’un ni l’autre, elles.
How to take a sad song and make it better. GET. OUT.
Le temps est doux, le soleil perce les nuages.
Bouger en demeurant sur place, de l’avant vers l’arrière, et encore vers l’avant, main dans la main, avec toi, amiga.
Rêver de cette danse, à la fenêtre ou sous l’eau dans la baignoire, au milieu des souvenirs, dans un bouchon de circulation.
Un geste à la fois, aussi minimal soit-il, tracer l’émotion, en solo, du bout des doigts.
Répéter, surtout, jusqu’à ne plus en être capable. Get out!
Armées de leur voix, à elles. L’une, Adriana, l’autre, Fernanda.

Correspondance entre elles, en hommage ouvert à celles qui les ont inspirées — Menken, Wieland, Nelson, Rainer —, exercice pour amplifier leurs voix, prolonger leurs traits, rejouer leurs gestes, mélanger leurs couleurs, s’imprégner de leurs engagements politiques et identitaires issus de la contre-culture, de leurs sensibilités poétiques. Dans les réalités qui sont les siennes, celles de leur présent brésilien et états-unien, se dire femmes à leurs tours, ironie du sort de milieu en milieu, faire fleurir, valser, abreuver, mixer les inspirations et les émotions, la lumière et la musique, les libérer, enfin, les lancer dans l’univers en espérant qu’on les attrape au vol, de São Paulo à Los Angeles.

From São Paulo to Los Angeles, any day is the same.
Pervading the streets of one city, nocturnal slogans are chanted in an aura of resonant mumbling.
Fora! Fora!
The smell of putrefaction, society is sick, contaminated by its leader.
Clap, whistle, tap, clap, strum, whistle, all the shouting, tapping becomes the only way of being together.

In the other city, looking down on a milling crowd of a Los Angeles afternoon, fists raised, masks become the symbol of the state of the world.
Living the rebellion, treading in her wake, with Tracy, saddened by the weight of its incoherence.
She would never have told her.
Get Out.
A mad rush to escape this plodding pace, all-powerful, colourless.

Troublings.

From Los Angeles to São Paulo, each day is different.
Listening to a newscast, one of them flutters around her secret garden.
To let flourish while he lets die, the insensitive, the foolish.
Sublime terror carried away by something antithetical.
At the end of the tunnel, streets and boulevards are suffused with an urban symphony by the brightness of sunshine.
Looking directly into the camera in the rearview mirror waving goodbye.
Bye, amiga.

The other, boxes and souvenirs around her, waits at the window, dreaming of the iceman.
Boxes, a mess, memorabilia piled up, but she tells you she doesn’t have the courage to confront it. Home sweet home.
Discovering haunted remains of the Hollywood dream in shop windows. Beauty Shop, one reads.
Blazing sun, blue canvas, rows of palm trees, masks fallen off, letting them die.
Living, for the iceman’s bell, bubblegum pink, powder blue, photographs, still more photographs.
A and B in Los Angeles. From her to him, a blank stare, from him to her.

From São Paulo to Los Angeles to São Paulo, from one to the other, back to her again, corresponding.
The wider the breach between them, the more it’s the same.
In this one’s window, a crimson popsicle, boxes, mess, memorabilia.
A music box among scattered souvenirs, powerless to impose order, just mess.
Saturday through Monday, Wednesdays too, one, two, three months of confinement.
Days go by with halting breath, scrubbing the bowl, stray hairs, unable to breathe anymore.
Polyphonic public health and political meditation make you sweat. Forbidden for evermore.
Chloroquine. Chloroquine. Chloroquine. Chloroquine.
Monday through Saturday, Thursdays too, from April 24th to the 14th.
Coming back again and again, helicopters, blinding lights, deafening outbreaks.
Coming and going in the garden on a Wednesday in 2020, you just need to move around.
Killer eyes. A shadow show way above, it was a Sunday.
In the garden, you just need to move around, in and out. One, two, three months. Going and coming.

From Brazil to the United States, from north to south, neither of them, one and the other.
How to take a sad song and make it better. GET OUT.
The weather is mild, the sun pokes through the clouds.
Moving while staying put, from in front to out back, and back to the front, hand in hand with you, amiga.
Dreaming of this dance, in the window or in the shower, amid memories, stuck in gridlock.
One gesture at a time, no matter how restrained, the contours of feelings traced with fingertips, solo.
Repeating until you just can’t anymore. Get out!
Armed with their own voices. One, Adriana, the other, Fernanda.

Correspondence between the two women, an homage to the ones that inspire them— Menken, Wieland, Nelson, Rainer — is an exercise to make their voices louder, elongating their traits, playing with their gestures, mixing up colours, galvanised by their engagement with countercultural politics and identity, by their poetic sensibilities. Within realities that are proper to each of them, those of a Brazilian and American present-day, each say they are women, which ironically shifts from scene to scene, letting them flower, waltz, be quenched, mix inspirations and emotions: light and music, to free them, at last, to cast them into the universe hoping that we catch up in mid-flight, from São Paulo to Los Angeles.

Translation from original French by Jordan Arsenault.

Chica Barbosa and Fernanda Pessoa
Same/Different/Both/Neither

En ligne du 10 novembre au 10 décembre

2020 | digital | 19 mins

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